L’hyperthyroïdie chez le chat

L’hyperthyroïdie est la maladie hormonale la plus fréquente du chat âgé. La moyenne d'âge des chats atteints est de 13 ans ; moins de 5% des chats ont moins de 8 ans. Cette maladie est due à une production excessive d’hormones thyroïdiennes par la glande thyroïde, secondaire au développement d’une tumeur thyroïdienne. À noter, cette tumeur est bénigne dans plus de 90% des cas (adénome thyroïdien).
Quels sont les signes cliniques de l’hyperthyroïdie ?
L’excès d’hormones thyroïdiennes a pour effet de stimuler l’ensemble du métabolisme du chat. Un amaigrissement est ainsi présent dans plus de 90% des cas. Il peut être associé à une augmentation de la consommation de nourriture. L’appétit du chat peut également être diminué ou variable avec des alternances d’épisodes de surconsommation d’aliment et de manque d’appétit.
De plus, des troubles digestifs sont parfois présents (vomissements, diarrhée, constipation) évoluant sur un mode chronique. Avec l’hyperthyroïdie, le chat peut également boire et uriner plus.
Il est fréquent d'observer des modifications comportementales telles que le développement d’une hyperactivité avec une irritabilité ou de l’agitation. Au contraire, certains chats sont apathiques et semblent fatigués.
D’autres signes sont plus inconstants tels que :
intolérance à la chaleur
modification du comportement de toilettage : diminution ou augmentation
difficultés respiratoires
faiblesse au niveau du cou entraînant une diminution du support de la tête.
Comment peut-on diagnostiquer l’hyperthyroïdie chez le chat ?
Votre vétérinaire peut suspecter une hyperthyroïdie dès l’examen clinique de votre chat.
Dans 70 à 90% des cas, un nodule thyroïdien est en effet palpable au niveau du cou.
La moitié des chats présente des anomalies à l’auscultation cardiaque : augmentation de la fréquence cardiaque, souffle cardiaque ou bruit de galop. La perte de poids et les modifications de la qualité du pelage sont également des signes d’appels pour le praticien.
Sur un bilan sanguin de routine, certains paramètres peuvent alerter le vétérinaire :
augmentation de l’activité enzymatique plasmatique de l’Alanine Aminotransférase et de la Phosphatase Alcaline (dans 90% des cas).
diminution de la concentration plasmatique en Créatinine sur un chat précédemment insuffisant rénal
Hypokaliémie (concentration trop faible de potassium dans le sang)
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Le diagnostic de certitude de la maladie passe par la réalisation d'une prise de sang et par le dosage de la concentration plasmatique en thyroxine (T4 basale totale). Cet examen est facilement accessible chez la plupart des vétérinaires ou dans des laboratoires spécialisés.
En cas de résultats équivoques et sur une forte suspicion clinique, votre vétérinaire pourra être amené à renouveler l'analyse ultérieurement ou à la compléter par d’autres dosages sanguins en laboratoires spécialisés.

Quelles sont les complications associées à la maladie ?
L’hyperthyroïdie étant une maladie du chat âgé, elle peut faire évoluer en parallèle d’autres affections graves du vieux chat. Comme par exemple : cancer, insuffisance rénale, diabète sucré, hépatopathies… Et comme l’hyperthyroïdie stimule le chat, sa présence peut masquer ces autres affections. Le ratio bénéfice/risque du traitement doit donc être évalué par le praticien et discuté avec le propriétaire.
L’hyperthyroïdie est également une source d’hypertension artérielle systémique chez le chat. Celle-ci peut avoir des conséquences graves au niveau cardiaque, rénal, cérébral ou oculaire. C’est pourquoi, elle devra être surveillée et nécessitera une prise en charge spécifique.
En cas d’anomalies cardiaques à l’auscultation, votre vétérinaire réalisera une évaluation de la fonction cardiaque via une échographie du cœur. Certaines anomalies cardiaques peuvent être réversibles avec le traitement de l’hyperthyroïdie ; d’autres peuvent assombrir le pronostic.
Ne pas mettre en place de traitement pour le chat l’expose donc à un risque cardio-vasculaire augmenté ainsi qu’à un dépérissement secondaire à des troubles digestifs chroniques.
Quels sont les traitements disponibles ?
Il est important de savoir que de multiples modalités de prise en charge thérapeutique sont disponibles pour les chats malades.
Dans un premier temps, il est nécessaire de mettre en place un traitement réversible. Cela permet de vérifier que le traitement de la maladie est bénéfique pour votre chat. Dans certains cas, le fait de traiter l’hyperthyroïdie dévoile ou fait décompenser des maladies sous-jacentes (cancer, insuffisance rénale…).
Les différents options thérapeutiques sont donc :
Alimentation exclusive avec un aliment carencé en iode
La thyroïde a besoin d’iode pour fabriquer des hormones. De fait, la distribution d’un aliment carencé en iode peut permettre un fonctionnement normal de la glande chez certains chats. Toutefois, ce régime doit être le plus strict possible. Il ne faut pas que les chats puissent avoir accès à d’autres aliments ou récompenses, car le moindre apport d’iode dans des aliments complémentaires peut faire échouer ce traitement. Cette alimentation ne sera alors pas recommandée pour des chats ayant un accès libre à l’extérieur.
Traitement médical
Le traitement médical peut être nécessaire pour réguler la sécrétion d’hormones thyroïdiennes en laissant le tissu anormal. Il permet une amélioration rapide des symptômes, et réversible à l’arrêt du traitement. Ce traitement consiste en l’administration 1 à 2 fois par jour à vie d’un médicament sous forme de liquide ou de comprimés. Toutefois, certains chats peuvent présenter des effets secondaires. Il peut s’agir de démangeaisons au niveau de la face, vomissements, anomalies au niveau des cellules sanguines, lésions hépatiques… Un suivi est donc nécessaire chez le vétérinaire.
Deux autres solutions définitives
Elles ne sont accessibles qu'en centre spécialisé car elles nécessitent des compétences et du matériel spécifiques :
Un traitement chirurgical est possible en retirant le tissu thyroïdien anormal. Cette option ne peut se faire qu’après des examens d’imagerie poussés pour localiser précisément la ou les lésions.
Destruction ciblée du tissu thyroïdien par radiothérapie métabolique. Cette modalité de traitement donne d’excellents résultats mais nécessite l'hospitalisation du chat sur plusieurs semaines.
Quel doit être le suivi du chat hyperthyroïdien ?

Comme vu précédemment, les traitements médicamenteux peuvent présenter des effets indésirables. La mise en place du traitement médical nécessite donc la mise en place d’une surveillance spécifique. Il est également important de suivre la qualité de vie du chat et l’absence de développement de maladies concomitantes.
Voici le protocole que nous avons établi à la clinique vétérinaire Tolosane de Toulouse :
1 mois après la mise en place du traitement ou après chaque changement de dose : Examen complet du chat, suivi du poids et réalisation d’une prise de sang de contrôle 4 à 6 h après la prise du médicament. Nous surveillons les éléments suivants : T4 totale, fonctions rénale et hépatique, numération formule sanguine, ionogramme et mesure de la pression artérielle
Tous les 6 mois une fois l'animal stabilisé : Examen complet du chat, suivi du poids et réalisation d’une prise de sang de contrôle 4 à 6 h après la prise du médicament. Nous surveillons les éléments suivants : T4 totale, fonctions rénale et hépatique, numération formule sanguine, ionogramme et mesure de la pression artérielle
1 fois par an, à la faveur d'un examen de contrôle, un bilan sanguin élargi est réalisé.
La dose du traitement de l’hyperthyroïdie sera ainsi adaptée individuellement en fonction des besoins de votre chat et de sa réponse clinique.
Espérance de vie
Avec un bon suivi et une personnalisation de la prise en charge, le pronostic de l’hyperthyroïdie est en général favorable. Les chats pris en charge présentent une diminution durable des symptômes et une bonne qualité de vie.



